Après
plusieurs lectures de spécialistes américains[1]donnant une définition du terme « click Fraud » nous pouvons
présenter cette forme illégale comme étant tous procédés frauduleux visant à
simuler un nombre de clics de personnes intéressées, lors d’un partenariat
entre un site affilié ou un annonceur publicitaire et un moteur de recherche,
dans le cadre d’un contrat au « coût par clic ».
Cette
méthode ayant pour but principal, soit de se réserver une partie des revenus
des clics générés en tant que site affilié, soit à faire augmenter les dépenses
en liens publicitaires d’un concurrent.
Revenons
maintenant sur quelques points historiques de cette fraude.
Jessie
C. Stricchiola, président de Alchemist Media, Inc.[2], est l’une des
premières personnes à avoir identifié les clics frauduleux (ou « click
fraud » ou « clic spam ») provenant des moteurs de recherche.
Fin 2001, alors qu’elle était en charge du développement e-marketing du
« Chase Law Group », elle a réussi à analyser que des clics suspicieux
provenaient de Goto.com (aujourd’hui Overture). Quelques mois plus tard, cette
découverte fut le thème d’un débat lors d’une conférence sur les stratégies sur
le « Search Engine Marketing ». (Jupiter Media's Search Engine
Strategies Conferences ou SES). D’autres spécialistes se sont joints à elle
dans le débat, et en août 2002, elle présenta le sujet devant un publique
ciblé, avec des preuves à l’appuis au SES de San José (Californie) et reçu des
retours intéressants. Depuis elle n’a cessé de faire part de son expérience sur
ce sujet à travers d’autres conférences et a monté Alchemist Media, Inc. en
2002. Elle est aujourd’hui considérée comme la spécialiste des clics
frauduleux aux Etats-Unis.
Difficile
aujourd’hui de mettre en avant des données quantifiées lorsqu’il s’agit d’une
économie nouvelle, souterraine et illégale. Stricchiola annonce que cette
fraude
représenterait entre 0,5 et 1,5% du trafic[3], alors que d’autres,
plus expansifs, le chiffrent à 35% pour certains types de marchés[4].
Le plus souvent, on
retrouve des fourchettes approximatives comprises en 10 et
20% selon le type d’industrie[5].
Dans un récent article du E-Commerce Times, Pricewaterhouse Coopers aurait
réussi à quantifier un marché parallèle estimé à $9 milliards, « Pas
mal » ironise le journaliste du Times[6].
Ce
sujet préoccupe beaucoup, d’une part parce que les moteurs de recherche ne
communiquent que très peu sur leurs stratégies contre ces fraudes, et d’autres
part parce que les annonceurs investissent des milliards dans les mots clé. La
première étude rendue publique sur les clics frauduleux est américaine et date
de décembre 2004.
L’organisme
SEMPO[7] a fait le point auprès de 288 annonceurs et agences en stratégie marketing sur
les moteurs de recherche[8] . Les résultats sont mitigés, 25% des répondants disent avoir perçu les clics
frauduleux comme un problème (dont 6% considèrent que c’est sérieux), 45% ne se
sont pas penché sur le problème mais se sentent inquiets, alors que 30% ne
pensent pas que ce soit un gêne importante.
D’où
proviennent ces fraudes ? Comment se manifestent-elles ? Et qui est
derrière ce phénomène ? Nous pouvons sans nul doute diviser ces clics en 2
catégories[9],
la première concerne les clics d’annonceurs concurrents et la seconde,
vraisemblablement plus importante, est directement liée aux sites affiliés des
moteurs de recherche, où les webmasters redoublent d’ingéniosité.
Comme
nous l’avons vu plus haut, le principe des liens promotionnels repose sur les
fondements de l’offre et de la demande. Plus un annonceur paie cher son (ses)
mot(s) clé, plus il aura de probabilités de se retrouver en tête des moteurs.
Or un publicitaire est rarement seul sur un marché, d’autres concurrents
poussent souvent les prix jusqu’à trouver un juste équilibre pour chacun, en
terme de coût de transformation. C’est justement sur ce principe que jouent
certains annonceurs n’hésitant pas à cliquer sur leurs rivaux.
Menace,
attaque illégale ou stratégie abusive, difficile de qualifiée cette pratique
marketing visant à faire augmenter les coûts publicitaires de ses concurrents.
Dans tous les cas cette technique est très saugrenue.
Prenons
l’exemple de 2 entreprises (X et Y) se partageant le marché du RFID aux
Etats-Unis (Voir tableau 1.1 ci-dessous) :
X
paie le mot clé « RFID » $4, pour un budget de $160 par jour. Après
quelques temps d’utilisation il se rend compte qu’en moyenne il y a 1000
impressions sur le moteur (ou nombre affichages d’annonce par jour). Sur ces
1000 pages vues avec son annonce, 4% cliquent dessus, et 1% deviennent clients.
Le marqueteur,
après quelques calculs, voit que chaque client provenant du moteur de recherche
lui rapporte $50 de chiffre d’affaires. Cela lui fait donc, un résultat
de :
$500
(CA) - $160 (de liens sponsorisés) = $340 de bénéfice
Y à la même stratégie que X, à la seule chose prêt que son coût par clic est de
3$. Il est donc placé derrière X sur le moteur de recherche et jouit alors d’un
taux de conversion inférieur de 0,5%. Néanmoins, son action e-marketing lui
fournit un bénéfice de $90 chaque jour.
Tableau 1.1 : Tableau de bord des
dépenses et recettes marketing sur un moteur de recherche
|
Prix au clic
$ |
Budget journalier en $ |
Nombre d'impression |
Taux de transformation |
Nombre de clics / jour |
Taux de conversion en % |
Client généré / jour |
CA que rapporte 1 client en $ |
CA généré par jour ($) |
Résultat
En $ |
X |
4 |
160 |
1000 |
4% |
40 |
1 |
10 |
50 |
500 |
340 |
Y |
3 |
160 |
1000 |
2% |
20 |
0.50 |
5 |
50 |
250 |
90 |
|
Y
a entendu parler de stratégies possibles à mettre en place pour faire tomber
son concurrent. Il fait en sorte que tout le budget de X soit écoulé en
quelques heures, sans que cela ne génère de vente (voir tableau 1.2)
X
se retrouve donc avec un taux de transformation de 0%, alors que son budget a été dépensé en quelques heures, tôt dans la matinée. De ce fait, l’annonce de X
disparaît du moteur et laisse la première place à Y qui garde le même coût par
clic, mais double son budget, car il veut prendre les clics et les clients
perdus par son concurrent.
Dans
le tableau, X a perdu $160 qui équivaut aux dépenses sur le moteur. Mais en
réalité, il a aussi perdu des ventes, s’élevant je le rappelle à $500 par jour,
cela lui fait donc $660 de déficit.
Alors
que Y lui, a réussi a garder ses clients habituels ($90) et « volé »
ceux de Y ($350). Il a donc réalisé une opération lui rapportant 440 dollars,
en faisant d’une pierre deux coups.
Tableau 1.2 : Tableau de bord des
dépenses et recettes marketing sur un moteur de recherche, après que Y ait
entamé une stratégie frauduleuse à l’encontre de X.
|
Prix au clic |
Budget journalier en $ |
Nombre d'impression |
Taux de transformation |
Nombre de clics / jour |
Taux de conversion en % |
Client généré / jour |
CA que rapporte 1 client en $ |
CA généré par jour ($) |
Résultat
En $ |
X |
4 |
160 |
1000 |
4% |
40 |
0 |
0 |
50 |
0 |
-160 |
Y |
3 |
160 |
1000 |
2% |
20 |
0.50 |
5 |
50 |
250 |
90 |
Y b* |
3 |
160 |
1000 |
2% |
20 |
1.00 |
10 |
51 |
510 |
350 |
|
|
|
|
|
|
|
Bénéfice total de Y |
440 |
|
|
|
|
|
|
|
Résultat réel de X |
- 660 |
* Y b représente le bénéfice que Y a réalisé en volant les clics de X
|
Nous
ne pouvons pas dire que tous les prix des mots clé sont aussi élevés, ni qu’il
y ait qu’un seul concurrent par marché. Cependant, pour certains secteurs
niches à forte valeur ajoutée, où la concurrence est restreinte, et où le coût
d’acquisition (ou coût de conversion) d’un client peut être extrêmement élevé
(car lié à un prix au clic coûteux), ce secteur peut se retrouver dans une
position plus vulnérable à la fraude[10].
C’est
le cas de « 2K Medical »[11] aux U.S.A, fournisseur de logiciels spécialisés pour l’usage médical. En
regardant son tableau de bord et les statistiques de son serveur (ou logs), ce
distributeur a pu déterminer qu’une adresse IP, provenant toujours du même Etat
américain, revenait régulièrement dans les clics. L’entreprise a tout de suite
pensé à son concurrent principal, situé dans la même région que les clics
suspicieux. La présidente de « 2k Medical » estime que le coût total
perdu pour la firme serait de $100 000, entre les annonces placées inutilement,
et les 200 heures passées à étudier ses logs.
Ce
cas n’est pas isolé, CharterAuction.com[12],
dont le business modèle est une plate forme de marché en ligne, permettant la
mise en relation de propriétaires de jets privés et des voyageurs aisés, s’est
rendu compte que ses annonces sur les moteurs de recherche ne généraient plus
autant de contacts. Mr. McKelvey, fondateur de CharterAuction.com, avait
acheté 200 mots et expressions tels que « jet charter », « business
jet », « executive jet » ou « charter flights »
dont le coût par clic pouvait atteindre $20, pour un budget mensuel de $20.000.
Après avoir contacté un autre concurrent, il s’est rendu compte que ce problème
ne le concernait pas uniquement. Une fois avoir identifié l’adresse IP ayant
générée beaucoup de clics à quelques minutes d’intervalle, le fondateur de la
place de marché à contacté son fournisseur d’accès Internet et à réussi a
connaître d’où provenait exactement ces clics : Blue Star, un autre concurrent
sur le secteur des transports aérien a prix cassés. Depuis, CharterAuction.com
est passé à $1000 de dépenses mensuelles sur les liens sponsorisés.
Comme
annoncé par le tableau de Olivier Andrieu, chaque moteur de recherche a des
spécificités sur ses algorithmes et concernant les annonces, si un taux de
clics est trop faible par rapport au nombre d’impressions produites, l’annonce
est retirée.
Reprenons,
maintenant l’exemple de nos entreprises X et Y qui se battent sur le mot clé RFID (Voir Tableau 1.3 ci-dessous).
X
est toujours en tête des moteurs, avec un CPC de $4 pour un budget de $160 par
jour, et un taux de transformation de 4% alors que Y est à 2% pour un CPC de $3
Tableau 1.3 : Tableau de bord des
dépenses et recettes marketing sur un moteur de recherche
|
Prix au clic
$ |
Budget journalier en $ |
Nombre d'impressions |
Taux de transformation |
Nombre de clics / jour |
Taux de conversion en % |
Client généré / jour |
CA que rapporte 1 client en $ |
CA généré par jour ($) |
Résultat
En $ |
X |
4 |
160 |
1000 |
4% |
40 |
1 |
10 |
50 |
500 |
340 |
Y |
3 |
160 |
1000 |
2% |
20 |
0.50 |
5 |
50 |
250 |
90 |
|
Y
se rend compte qu’en faisant augmenter les impressions de X, il peut faire
diminuer son taux d’impression et donc faire disparaître l’annonce de son
concurrent (voir tableau 1.4, ci-dessous). Y stoppe son budget journalier pour
quelques heures, tôt dans la matinée, et fait en sorte d’augmenter les
impressions des annonces correspondant au mot RFID sur le moteur de recherche
(mettons comme hypothèse que le taux d’impression pour qu’une annonce
disparaisse soit de moins de 0,3%). En multipliant par 5 les impressions, il
peut donc faire diminuer le taux d’impressions jusqu’à 0,8% (si il y a tout de
même eu des transformations provenant de vrais intéressés) voir 0% (si aucun
visiteur ne s’est manifesté pendant le laps de temps où Y a opéré).
Tableau 1.4 : Tableau de bord des
dépenses et recettes marketing sur un moteur de recherche après que Y ait
augmenté les impressions sur RFID et retiré sa propre offre.
|
Prix au clic
$ |
Budget journalier en $ |
Nombre d'impressions |
Taux de transformation |
Nombre de clics / jour |
Taux de conversion en % |
Client généré / jour |
CA que rapporte 1 client en $ |
CA généré par jour ($) |
Résultat
En $ |
X |
4 |
160 |
5000 |
0 |
0 |
0 |
0 |
50 |
0 |
0 |
Y |
0 |
0 |
0 |
0 |
0 |
0 |
0 |
0 |
0 |
0 |
|
Y
stoppe sa campagne publicitaire et fait augmenter par 5 le nombre
d’impressions, ce qui a pour conséquence de baisser le taux de clics de X en
dessous d’un seuil critique qui fait disparaître son annonce
Une
fois que l’annonce de Y disparaît pour « taux de clics insuffisant »,
Y remet son annonce à $3 le CPC, multiplie son budget par 2 (Y b dans le
tableau) et retrouve un chiffre raisonnable de 1000 impressions par jour.
Tableau 1.4 : Tableau de bord des
dépenses et recettes marketing sur un moteur de recherche après que X ait
disparu du marché des annonces contextuelles.
|
Prix au clic |
Budget journalier en $ |
Nombre d'impression |
Taux de transformation |
Nombre de clics / jour |
Taux de conversion en % |
Client généré / jour |
CA que rapporte 1 client en $ |
CA généré par jour ($) |
Résultat
En $ |
X |
0 |
0 |
00 |
0 |
0 |
0 |
0 |
50 |
0 |
0 |
Y |
3 |
160 |
1000 |
2% |
20 |
0.50 |
5 |
50 |
250 |
90 |
Yb* |
3 |
160 |
1000 |
4% |
40 |
1% |
40 |
50 |
500 |
500 |
|
|
|
|
|
|
|
Bénéfice de Y |
590 |
|
|
|
|
|
|
|
Résultat réel de X |
-500 |
|
Y
b* : Cela correspond au bénéfice de Y en prenant les clics de ses clients
Il
bénéficie ainsi de ses 20 clients habituels, et des 40 que son concurrent n’a
pas pu acquérir (Y b). Le bénéfice de Y s’élève donc à $590, alors que le
manque à gagner de X est de $500.
Les
techniques frauduleuses mises au point par les annonceurs se révèlent être
fructueuses quand on voit le bénéfice et la perte de chacun. Une véritable
bataille peut être menée pour éviter et contre-attaquer les manipulations des
concurrents, certains n’hésitent plus aujourd’hui à qualifier ce phénomène de
« guerrilla warfare »[14].
Néanmoins,
beaucoup de spécialistes s’accordent à dire que la plus grande menace ne
provient pas des clics frauduleux entre concurrents, mais des sites affiliés
aux moteurs, parfois de vraies merveilles technologiques en terme
d’optimisation du référencement.
Selon
les conclusions de l’enquête de SEMPO[15],
les marqueteurs et les agences spécialisées en stratégie sur les moteurs
estiment que les optimisateurs en référencement est sont un plus gros danger
que les clics frauduleux car ils détériorent le marché des liens sponsorisés et
l’efficacité des actions de marketing payant sur les moteurs. En revenant sur
ce point, il faut comprendre que les stratégies des sites affiliés (et de leurs
webmasters) abuseraient de techniques pour augmenter leurs revenus en tant que
partenaires.
Lorsque
l’on s’attarde sur certains forums spécialisés sur le référencement, on y
trouve un vivier d’informations sur les pratiques des gestionnaires de sites
(voir annexe 1) pour gagner un peu plus d’argent.
L’un
des sujets revenant assez régulièrement étant la demande d’une liste des mots
clés les plus chers sur Google ou Overture. Pourquoi ?
Nous
avons expliqué plus haut le système des sites partenaires : l’affilié
laisse un espace pour que le moteur puisse placer des annonces contextuelles en
fonction du contenu du site. La rémunération se fait lorsqu’un clic provenant
du site affilié est généré. Plus il y a de clics sur des mots clés cher, et
plus les revenus du partenaire sont importants. Ainsi, en connaissant la liste
des mots clés coûteux, les webmasters peuvent adapter le contenu de leur site,
et faire en sorte que les annonces des publicitaires qui paient des mots clé
cher soient affichées sur leur espace web (en espérant que des Internautes
cliquent dessus).
Sur
le tableau 1.4 ci après, nous allons voir jusqu’où peut aller une affiliation
« frauduleuse ».
Tableau 1.5 : Rentabilité optimum
que pourrait avoir un affilié en mettant en place un système abusif
|
Mot clé |
Nombre de visiteurs uniques / jour |
Taux de transformation |
Prix du mot clé (euros) |
% reversé par le moteur |
Résultat / jour |
Résultat / mois (euros) |
Situation normale |
« Z » |
1000 |
0.10% |
0.15 |
20% |
0.03 |
0.9 |
Situation adaptée |
CRM |
1000 |
0.10% |
4 |
20% |
0.8 |
24 |
Sur optimisation |
CRM |
2000 |
0.10% |
4 |
20% |
1.6 |
48 |
Sur optimisation
+
Simulation de clics
|
CRM |
2000 |
0.20% |
4 |
20% |
3.2 |
96 |
|
En
situation normale, les mots clés des annonces affichées sont aléatoires
(« Z ») et correspondent à une moyenne de 0,15 euros, pour un taux de
transformation de 0,10%. Le moteur reverse lui 20% du prix du clic à l’affilié,
fournissant donc une rentrée mensuelle de 0,9 euros.
En
situation dite adaptée, le webmaster a optimisé une ou plusieurs pages de son
site pour le mot clé CRM. Il garde ses 1000 visiteurs uniques par jour, son
taux de transformation est inchangé à 0,1%. Le moteur reverse 30% du coût du
mot clé, multiplié par le nombre de clics, soit un total mensuel de 24 euros.
Dans
une situation de suroptimisation, le principe va être de générer encore plus de
trafic, disons ici qu’il a été doublé, mais le taux de transformation reste
identique. Le webmaster double donc ses revenus à la fin du mois, passant à 48
euros.
Ce
gestionnaire de site a vu sur certains forums qu’il est possible de simuler des
clics afin d’augmenter le taux de conversion. Il met en place un système et
multiplie ainsi par 2 son résultat à la fin du mois, pour gagner 96 euros.
Ainsi
depuis qu’il a mis en place l’affiliation par mot clé sur son espace Internet,
il a pu multiplié par 100 ses gains, passant de 0,9 euros de rentrées
mensuelles, à 96 euros après avoir « abusé » du système.
Beaucoup
de webmasters sont devenus des pro de la rentabilité des systèmes
d’affiliation, et ont su développer des moyens pour, d’une part augmenter leur
trafic en adaptant leurs sites aux algorithmes des moteurs, et deuxièmement en
simulant des clics, malgré les filtres et restrictions des firmes de
recherche sur Internet. Le point suivant de ce papier va essayer de faire un
état des lieux de ces systèmes qui passent à travers les mailles des filets des
multinationales américaines.
Le
webmaster que nous avons vu tout à l’heure, tout comme l’annonceur, pour ne pas
se faire piéger ou réprimander, peut utiliser deux principales techniques pour
générer des « clics fantômes ». La plus logique serait de rester
devant son PC (ou Mac) à cliquer sur les annonces et attendre une minute entre
chaque clics, mais cet exercice est long, coûteux, risqué (possibilité de
repérer l’adresse IP de la machine) et passe de moins en moins à travers les
protections des moteurs et annonceurs. Alors, qu’utilisent ces fraudeurs /
hackers ?
Peu
connu, la syndication vise à utiliser un réseau de personnes pour faire valider
des clics. Que ces ressources soient gratuites (dans le cas ou un fraudeur a
une liste importante de contacts) ou payantes, ce système à montré des signes
de développement ces derniers mois.
Pionnier
du « click spam » dit manuel, Click2FreeMoney.com[16] paye ses membres
pour visiter les annonces des sites appartenant à son réseau[17]. Les tarifs variant
entre $0,009 et $0,04 par clic. Ainsi, un affilié peut s’inscrire sur le site
et achète des membres chargés de cliquer sur ses liens commerciaux.
Voyons
sur le tableau suivant les résultats que donneraient alors la rentabilité du
clic en faisant appel à la syndication (voir le tableau ci-dessous)
Mot clé |
Prix du mot clé |
% reversé par le moteur |
Coût par clic de la main d'œuvre ($) |
Rentabilité du clic |
Commission de click2freemoney* (%) |
Rentabilité du clic après commission |
CRM |
4 |
20% |
0.0245 |
0.7755 |
15% |
0.659175 |
|
*En estimant que la plate forme prenne une commission
Après
calcul, nous voyons que la rentabilité au clic pour le webmaster est
importante, puisque dans tous les cas, il n’a fait que s’inscrire sur le site.
Les
gestionnaires de sites Internet ne sont pas les seuls à profiter de cette
« main d’œuvre », on peut supposer que des annonceurs puissent passer
par ce réseau et payer les « cliqueurs » pour défaire la stratégie de
liens promotionnels des leurs concurrents, sans se faire repérer.
Calculons
maintenant combien le « cliqueur » peut gagner à travers ce travail :
Prix / clic ($) |
Nombre de clics maximum par heure* |
Revenu horaire ($) |
Minimum |
Maximum |
Minimum |
Maximum |
Moyen |
0.009 |
0.04 |
60 |
0.54 |
2.4 |
1.47 |
|
* Pour qu’un clic soit considéré, il faut que le
visiteur soit resté 1 minute minimum sur le site annonceur
Le
revenu moyen d’un cliqueur sera donc de $1,47 soit environ 1,83 euros.
Ce
travail est tout de même long, répétitif et ennuyeux, qui voudrait passer des
heures pour gagner 4 roupies ? La réponse est dans la question, remontons
maintenant cette filière high-tech frauduleuse et ingénueuse.
Le
3 mai 2004, N Vidyasagar écrit un article pour l’Indian Times ayant pour
titre : « India’s secret army of online ad ‘clickers’ »[18],
racontant l’histoire de Maya Sharman, une mère de famille, vivant à New Delhi,
et dont le travail est de cliquer sur des annonces publicitaires chaque soir.
Ils seraient des milliers (click2freemoney annonçait un réseau de 20 000
personnes) à passer des heures derrière leurs PC, aussi bien étudiants
qu’employés. A la fin du mois, leurs revenus sont reversés par PayPal et
StormPay. Certains Indiens vont jusqu’à proposer directement leurs services par
e-mail à des affiliés américains, en témoigne l’article de Chris Richardson[19],
qui reprend le blog de Tim Yang[20].
Nous
ne pouvons pas affirmer que cela ne concerne que les Indiens, d’autre pays
(même aisés) peuvent être concernés. Dans tous les cas, il semblerait que les
béquilles du capitalisme se retournent contre les pays riches, faisant le
malheur d’actionnaires et le bonheur de travailleurs de pays sous développés.
Voyons
maintenant une technique beaucoup plus adaptée et connue sur Internet, la
génération de clics par automatisme.
Plus
répandu, les nouveaux robots (ou hitbots) sont de véritables mitraillettes à
clics lorsqu’ils ne sont pas détectés. Ils ont été mis en place par des
webmasters / programmeurs et permettent de cacher l’adresser I.P pour passer à
travers les mailles des moteurs. De plus en plus, ils peuvent être programmés
pour ne passer sur des annonces qu’à des périodes basses durant le mois, ne
réveillant donc pas les différents systèmes de détection par une forte hausse
de taux de clics à un moment T.[21]
Ces
robots ne font pas rire les moteurs, surtout lorsque le leader mondial a été
menacé de chantage par un de ces créateurs d’hitbots.
Mars
2004, Michael Bradley réclame $100.000 à Google pour qu’il ne diffuse pas une
de ses créations. Le « hitbots » conçu par cet américain permettait
de générer de « faux rapports de trafic publicitaire »[22] et aurait fait éclater les taux de clic de certains clients de la firme
Californienne, qui aurait coûté à Google des millions de dollars. Bradley a été
inculpé quelques jours plus tard pour tentative d’extorsion de fonds.
Selon
une source (information non vérifiée[23]),
l’utilisation des hotbots concernerait même 35% des affiliés au programme de
Google en France.
Comme
nous avons pu le constater, les techniques sont de plus en plus sophistiquées
et prennent place aux quatre coins du monde, menaçant l’industrie du
« Search Marketing ».
Les
effets de ces menaces ne sont pas sans conséquence, et chacun des acteurs de ce
jeu du chat et de la souris voient des retombées pouvant être inquiétantes.
D’une part nous avons les annonceurs, qui se soucient de ce sujet et peuvent
perdre petit à petit la confiance qu’ils ont envers les moteurs. D’autre part
nous avons les webmasters, qui pour une majorité d’entre eux craignent ces
techniques, car si elles sont détectées c’est tout une entreprise qui peut être
discréditée. La société européenne Netbooster en a fait les frais il y a plus
d’an en ayant été « mis au placard » par Google après avoir
suroptimisé son site[24].
Enfin, nous avons les plus concernés, ceux ayant créé cette nouvelle forme de
marketing direct ciblé et à les entendre le problème est sérieux et pourrait
directement touché le CA de chacun d’entre eux.
En
effet, quelques moteurs viennent tout juste d’être mis sur le banc des accusés
devant la justice américaine. Début mars 2005, le Wall Street Journal annonce
que Google, Yahoo, Ask Jeeves, FindWhat et d’autres moteurs ont reçu une
plainte de « Lane's Gifts & Collectibles », un petit e-marchant
d’Arkansas. Le motif ? La PME se plaint que les multinationales de la
recherche surchargent les annonceurs, et conspirent entre eux pour faire
perdurer ce système[25].
Rien
d’étonnant alors quand on entend Tom McGovern, président du nouveau moteur
snap.com qui parle d’un « billion-dollar problem »[26], ou John Slade, ‘senior director’ chez
Yahoo qui confirme en ponctuant que : « n’importe qui vous disant que
ce n’est pas un réel challenge se moque de vous »[27] en parlant des clics
frauduleux. Et lorsque le directeur financier de Google annonce sur CNN Money[28] que « quelque chose doit être fait très, très rapidement » parce
qu’il « menace notre business modèle », il réussit à faire vibrer les
cours boursiers.
Tous
ses commentaires peuvent rendre certaines entreprises du net suspicieuses, mais
qu’elles se rassurent, si les moteurs ont des sueurs froides, ils ont aussi,
pour certains, les reins très solides (rappelons que Google à levé $80
milliards en 10 mois) et ne se laisse pas faire. De même, les annonceurs,
maintenant prévenus, se prémunissent contre ces attaques.
A
travers les prochaines ligne de ce mémoire, nous allons faire un tour de table
des mesures prises pour contrôler, voir irradier les clics frauduleux, que ce
soit du côté des moteurs de recherche ou des annonceurs.
Peu
d’informations circulent sur ce que font exactement les moteurs pour évacuer le
problème des clics frauduleux. Yahoo se défend en disant que ses mesures prises
sont brevetées[29],
et que de toute façon, il en a toujours fait une priorité[30]. Son système de
protection, déjà développé par Overture, comprendrait des « milliers de
filtres », dont les plus connus sont : le contrôle de l’adresse IP,
les informations de session de l’utilisateur, la vérification des cookies
placés par le moteur, le réseau dont provient l’IP, la date et l’heure du clic,
la liste des annonceurs qui ont été vus… et sûrement encore une centaine
d’autres critères.
Google
n’a pas fait de commentaires techniques sur son système antifraude, et annonce
juste qu’il utilise « une technologie sophistiquée »[31] qu’il « contrôle bien »[32].
Si techniquement Google ne s’avance pas, la firme a tout de même changé
quelques points concernant ses contrats avec ses affiliés. En effet, depuis
peu, il a mis en place une version test de rémunération de ses partenaires au
coût par mille, réduisant donc les performances au clic pour un système plus
global, comme l’ont fait les plates formes d’affiliation classiques, telle
Tradedoubler, quelques temps auparavant.
Plus
sérieux encore, la firme de Brin et Paige n’a pas hésité à attaquer en justice
un affilié pour avoir abusé du système. Auctions Expert International, basee au
Texas, a eu une mauvaise surprise en novembre dernier, lorsqu’elle reçu une
plainte de Google, l’accusant d’avoir cliqué à plusieurs reprises sur les
annonces sponsorisées de son site[33].
Google
ne s’est pas arrêté là, puisque depuis le début de l’année il a donné la
possibilité à ses clients de pouvoir « exclure » leurs annonces
provenant d’affiliés. A charge maintenant pour les annonceurs de suivre les
statistiques de leurs serveurs pour identifier les possibles fraudes les
concernant.
Afin
de se prémunir contre la fraude aux clics, les annonceurs n’ont pas attendu que
les moteurs se manifestent, c’est même eux, qui ont fait éclater le débat ces
derniers mois. L’une des premières mesures prise par les marqueteurs a été de
surveiller les pics des dépenses en annonces promotionnelles, et de les croiser
avec les logs de leurs serveurs. Les statistiques fournies par les machines si,
bien traitées peuvent remonter jusque l’adresse IP du ou des possibles
fraudeurs.
La
deuxième, évoquée pour la première fois par Stricchiola, a été de demander un
remboursement de ces clics perdus. Aujourd’hui d’ailleurs, certains moteurs le
font automatiquement, avant même que l’annonceur ait pu identifier le problème.
Enfin,
une troisième solution possible est de laisser une tierce personne se charger
d’irradier le problème. En effet, tout comme le spam a fait naître des
entreprises spécialisées luttant contre les e-mails abusifs, les clics
frauduleux ont fait jaillir un nouveau secteur proposant des services aux
annonceurs contre les clics fantôme.
Ces
entreprises proposent aujourd’hui des solutions adaptées, que se soit l’aide au
remboursement pour Alchemist Media, un système d’alarme automatique pour
PromotionStat.com, ou les services juridiques pour entamer une poursuite envers
les moteurs pour lostclick.com. Allez taper « click fraud » sur
Google » vous verrez que la liste des prestataires annonçant sur le moteur
est longue.
Du
côté français, une seule entreprise s’est lancée sur ce nouveau marché.
Netbooster (peut être sous l’effet de la rancœur contre Google suite à son
déréférencement) a communiqué début juin sur son offre commerciale «Advanced
Protection Protocol»[34] qui
permet de lutter contre le « spampiratage ».
Cette
nouvelle forme de fraude attire les média américains, à la fois de part sa
complexité, son envergure internationale et de part ses possibles conséquences
financières pour Internet. Cependant, si quelques chiffres sont mis en avant
concernant l’ampleur de ce phénomène, peu se révèlent être le fruit d’études
publiques. Les informations internes aux entreprises spécialisées sur la fraude
pourraient sûrement nous apporter de plus amples explications, et conforter
divers points de ce papier ; mais, pour des raisons professionnelles,
elles en gardent le secret
Les
annonceurs américains suivent de prêt cette histoire, mais qu’en est-il de
l’autre cote de l’Atlantique, en France ou les liens sponsorisées connaissent
aussi une forte croissance ?
Le sondage réalisé en Juin 2005 sur le sujet nous donne un peu d'informations (voir ici)
Annexes
Annexe 1 : Quelques sujets abordés par
les webmasters sur le forum de Webrankinfo.com
Techniques de gain peu honnête
Combien vous rapportent vos affiliations
AdSense ?
Compte AdWords suspendu LOL
Délais de paiement AdSense
Combien ça coûte, les AdSense et AdWords ?
Les annonces sont-elles bien placées ?
AdSense et gestionnaire de pub
Problème de bonbons avec AdSense :p
Je ne comprends pas comment AdSense compte :(
Quel ratio pour un super-revenu avec AdSense ?
Optimisation AdSense
Limitation dans le nombre de pages ciblées pour AdSense ?
AdSense est-il réactif ?
Je me suis fais BANNIR de Google AdSense
diminutions des gain adsense depuis deux jours
Paiments AdSense du mois de mai 2005
En haut dans adwords ????
Adsense et page protege
Google ne veut pas de mon argent !
IP = protocole internet permettant à deux entités informatique de pouvoir
communiquer.
Annexe 2 : impression d’écran de click2freemoney.com
(version cached) sous Yahoo (juin 2005) :